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L’altruisme conscient – à l’époque moderne, un message unique et persistant nous est dicté de tous les côtés : « Toi d’abord. » La culture de consommation actuelle et les systèmes orientés vers le succès commandent aux individus de placer leurs propres désirs au centre de tout. Cependant, l’altruisme offre une voie inverse : celle de la transcendance.

L’homme moderne – voyant son existence comme simplement de la chair et des os, et le monde comme une collection de bénédictions tournant autour de lui – se trouve emprisonné dans un état terrifiant d’égoïsme et de solitude. Cependant, la sagesse millénaire de l’humanité et les sources spirituelles proclament une vérité vastement différente : le sommet de l’évolution spirituelle, ou le progrès évolutif (tekâmül), réside dans l’abandon du « Je » pour embrasser le « Nous » – il réside dans l’altruisme véritable (l’abnégation de soi).
En un monde tissé de matérialisme brutal et de concurrence féroce, l’altruisme n’est pas une simple faiblesse, naïveté, ou une suggestion morale. Au contraire, c’est la rébellion la plus noble, élégante, et consciente contre un système qui crie « moi d’abord. » Quand nous examinons l’anatomie de cette rébellion cosmique – à la lumière des sources ésotériques, spirituelles, et soufies – nous voyons clairement que l’égoïsme est une illusion mécanique. La pratique de l’altruisme devient ainsi la seule voie de transformation vraie.
L’Altruisme : L’illusion du Soi et la révolte contre l’égocentrisme
À la racine de l’individualisme et de l’égoïsme se trouve une massive erreur : l’hypothèse qu’un être humain est un « Je » distinct, séparé, et immuable, à part de l’univers, du Tout, et des autres. Comme Maurice Nicoll l’élabore dans son œuvre monumentale, Commentaires psychologiques sur l’enseignement de Gurdjieff et Ouspensky, il n’y a pas un seul « Je » au sein d’une personne ; plutôt, une personne est une foule de nombreux « Je »s contradictoires. À moins que l’on réalise cette nature mécanique, on reste esclave d’une fausse personnalité (egos). Sans l’altruisme comme antidote, cette multiplicité du moi règne sans frein.
« Pour qu’une personne se libère de la mécanicité, elle doit abandonner la ‘considération interne’ et passer à la pratique de la ‘considération externe‘ basée sur l’altruisme. »
Nicoll explique la manifestation la plus dangereuse de l’égoïsme dans la vie quotidienne – travers le concept de « Considération Interne. » C’est l’état où une personne se soucie constamment de la façon dont les autres la traitent, se sent insuffisamment appréciée, et est préoccupée par sa propre importance. Cette maladie de la considération interne est l’opposé direct de l’altruisme.
Elle maintient perpétuellement des « comptes internes » contre les autres. Comme on croit que le monde nous doit quelque chose ou a été injuste envers nous, on fuit une quantité stupéfiante d’énergie. L’altruisme, en contraste, ne demande rien en retour. Le Maître Ergün Arıkdal définit cet état – travers les concepts d’« identification » et de « Nefsaniyet » (le moi inférieur / l’égoïsme), montrant comment l’altruisme conscient en est la cure.
Selon Arıkdal, nefsaniyet est l’auto-adoration – placer ses propres intérêts au-dessus de tout le reste. Comme un humain « s’identifie » à ses vêtements, son compte bancaire, ses douleurs, ou ses rancunes, il perd sa liberté et continue de vivre dans un état de sommeil. L’altruisme éveille cette personne endormie.
« Tandis que le monde crie « Moi d’abord », l’altruisme est la révolution silencieuse et élégante des âmes libres qui peuvent dire « Toi d’abord ». »
La Considération Externe : L’art de se mettre à la place d’un autre
Le seul remède à l’orgueil individualiste et à la maladie de la considération interne est la pratique de la « Considération Externe », soulignée par Maurice Nicoll et les enseignements du Quatrième Chemin. Cette vertu est inséparable de l’altruisme véritable. La considération externe n’est pas simplement avoir une apparence polie ou accomplir des actes superficiels de bonté. C’est la capacité de se mettre consciemment à la place d’un autre, en sentant intérieurement ses difficultés, ses douleurs, et ses limitations.
Si un humain peut se voir lui-même en l’autre, et l’autre en lui-même, la violence et le jugement cessent. L’altruisme devient naturel dans cet état. Une personne qui réalise que la même mécanicité et la même faiblesse qu’elle critique chez les autres existent aussi en elle-même atteint la vraie compassion – et donc l’altruisme profond. C’est l’application psychologique et cosmique de la Règle d’Or : « Fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils te fassent. » Connaître le trouble d’un autre comme le sien propre est la première porte s’ouvrant du petit cachot étroit de l’égoïsme vers la compréhension universelle qu’apporte l’altruisme.
« Chaque main que vous tendez à un autre – en vrai altruisme – est en réalité un coup de marteau destiné à briser les chaînes rouillées de l’égoïsme en vous-même. »
La Conscience et le conflit de Nefsaniyet comme carburant de la croissance
Pourquoi l’ego (nefsaniyet), qui tire tellement les humains vers le bas, existe-t-il en premier lieu ? L’Ordre divin et l’univers (Ilahi Nizam ve Kainat), un chef-d’œuvre compilé par le Dr Bedri Ruhselman, pionnier de la recherche métapsychique en Turquie, ouvre un horizon magnifique ici. Rien dans l’univers n’est redondant. Nefsaniyet est une parfaite « pierre de résistance » placée pour stimuler les efforts de l’âme et pousser l’individu vers la « connaissance comparative. » Ruhselman explique cela par l’analogie d’une hache brisant du bois : si le bois n’offrait aucune résistance, la hache ne serait pas nécessaire. Nefsaniyet est cette résistance, et l’altruisme est la réponse évolutive.
Le mécanisme cosmique qui permet à un humain d’émerger de ce cachot de l’égoïsme et d’atteindre l’altruisme véritable est la « Conscience. » Selon les enseignements de L’Ordre divin et l’univers, la conscience n’est pas une règle morale sociale statique mais une vivante « dualité. » Tandis que le niveau inférieur de la conscience nous tire vers l’égoïsme, le niveau supérieur nous pousse vers la considération des autres – vers l’altruisme – et l’auto-sacrifice.
Quand un humain pris entre un acte égoïste et l’altruisme choisit de servir les autres, le niveau de sa conscience s’élève. Comme on souffre ou cause la souffrance, on saisit l’insatisfaction de l’égoïsme et doit s’accrocher au sens du devoir – à l’altruisme – pour trouver la paix.
« Le vrai altruisme est l’alignement de l’être avec le ‘Sens du Devoir’ en renonçant à son propre nefsaniyet ; car chaque effort qui ne sert pas le Tout est une pierre de résistance sur le chemin de l’évolution. »
Le « Service » comme vraie religion et fraternité universelle
La manifestation pratique de la transcendance de l’individualisme et du tournant vers le Tout est le service désintéressé – l’expression concrète de l’altruisme. Dans les enseignements de Silver Birch, qui proviennent du monde spirituel et contiennent une sagesse profonde, cela s’exprime avec une simplicité extraordinaire. Silver Birch affirme que la religion n’est pas les dogmes conçus par les prêtres et les rabbins ; la vraie religion est « servir » avec amour, compassion, et miséricorde partout où une occasion se présente. L’altruisme est le cœur battant de cette religion universelle. Selon lui, « Le service est la vraie monnaie de l’âme. » Quand un humain aide un autre, essuie une larme, ou devient une lumière pour ceux dans l’obscurité, il permet à l’Esprit divin en lui de se manifester. Silver Birch insiste en soulignant qu’on ne peut pas atteindre un sommet spirituel en vivant égoïstement ; le but de la vie est de multiplier nos richesses spirituelles en les distribuant – c’est l’essence de l’altruisme.
Nous trouvons le même écho universel dans les enseignements de White Eagle. White Eagle dit : « Il n’y a pas de séparation dans l’amour. » Il décrit tous les humains comme des frères escaladant du pied d’une montagne vers le sommet, affirmant que ceux au-dessus ne doivent jamais regarder ceux au-dessous avec critique, mais seulement avec amour – avec cette compassion qu’est l’altruisme. Le vrai service doit être accompli non pas pour la louange, la célébrité, ou l’attente du paradis, mais avec un sens pur du devoir. Comme clairement énoncé dans les communications spirituelles de la Sadeklar Planı (Plan des fidèles), servir les autres – en altruisme – est « l’une des caractéristiques distinctives de l’humanité. » Ce service est une personne poussant tranquillement une pierre de la route sans faire de bruit, soutenant le Tout avec la pensée que c’est bénéfique pour sa propre évolution. Cette étape, définie comme la « Réalité de l’Intuition de la Connaissance-Devoir » dans l’œuvre Tekâmül (Évolution) du Maître Ergün Arıkdal, est l’accomplissement d’une action simplement parce qu’elle est pour le « bien du Tout, » poussée par un sens naturel de nécessité – et ce bien du Tout ne peut se réaliser que par l’altruisme.
« La vraie richesse n’est pas ce que vous avez accumulé, mais les trésors spirituels que vous pouvez distribuer aux autres sans crainte de déplétion. L’altruisme est la vraie monnaie de l’âme. Alléger le fardeau d’un autre est de porter votre propre lumière spirituelle dans les recoins sombres de l’univers. »
Wahdat al-Wujud : Le sommet métaphysique de l’altruisme
Les fondements moraux et spirituels de l’altruisme reposent sur un fondement ontologique (existentiel) dans le concept de « Wahdat al-Wujud » (Unité d’Existence) dans le soufisme islamique. Les œuvres du grand sage Ibn Arabi et de son disciple Seyyid Muhammed Nûru’l-Arabî proclament que la seule vraie existence est Allah (l’être Absolu). Toute existence dans l’univers n’est qu’une manifestation (réflexion) de Ses noms et attributs. Cette philosophie fonde métaphysiquement l’altruisme.
De cette perspective magnifique, la « Face de Dieu » est présente en tout ce qui est créé. Si l’existence est essentiellement « Une, » alors la séparation du « moi et toi » créée par l’ego est un produit d’une ignorance terrifante et d’une illusion. L’ego individualiste, se voyant lui-même comme séparé, peut blesser ou exploiter les autres. Cependant, un « Homme Parfait » (Kâmil İnsan) qui a atteint le secret de l’unité et réalisé la station de « se connaître soi-même est connaître son Seigneur », sait que chaque acte d’altruisme – de bonté fait à un autre – est fait au Tout et, par conséquent, au Créateur.
Dans les vues soufies de Muhammed Nûru’l-Arabî, l’état de Melalik est précisément cette condition de néant et d’altruisme absolu. Le chercheur devient « anéanti » de son propre ego (enaniyet) et ne réclame pas sa part (récompense/mérite) pour son culte ou ses bonnes œuvres. Il attribue chaque bonne œuvre à Dieu et chaque faute à son moi inférieur. Ainsi, la seule façon d’aimer un autre comme soi-même – ou même de placer l’autre avant soi-même – est de réaliser que l’autre est aussi une cellule du même corps, originaire de la même Source Divine. L’altruisme devient ainsi le cœur du mystère divin.
« L’altruisme n’est pas un sacrifice ; c’est l’art d’harmoniser sa propre voix avec le chœur universel. Si vous êtes absent, la symphonie est incomplète. Pour ceux qui atteignent le secret de l’Unité d’Existence, l’altruisme n’est pas un choix mais une nécessité ; car il n’y a pas d’existence autre que Dieu, et chaque acte de bonté fait à un autre est présenté à la Face de Dieu. »
En résumé : la philosophie de « l’individualisme » et du « moi d’abord », que le monde moderne a transformée en une religion virtuelle, est en réalité une cécité spirituelle. L’humain qui lutte au sein de son petit monde pour sa fausse personnalité est comme une note discordante contre la vaste harmonie de l’univers. C’est l’absence d’altruisme qui crée cette dissonance.
En contraste, l’altruisme est l’action d’une âme libre qui a affronté sa propre obscurité et saisi l’unité de l’existence. Cette action est de sentir la souffrance de l’autre dans son propre cœur et de faire tout cela sans attendre rien en retour.
Vers la réalité de l’humanité unifiée
L’altruisme se dresse comme la réponse la plus élégante, durable, et révolutionnaire à ce monde bruyant : être un remède silencieux pour la douleur d’un autre et regarder le monde à travers les yeux de l’autre.
Aujourd’hui, l’humanité traverse un grand chaos, une grande turbulence, et une grande souffrance. Dans le cadre des « Principes existentiels » formés par le travail dédié d’Ergün Arıkdal, les castes, les races, et les conflits « moi contre toi » que nous avons créés sur terre sont complètement contraires au « Principe d’égalité existentielle. » L’altruisme, en tant que principe fondamental, peut seul réconcilier ces divisions. Le but de l’évolution sociale est de passer d’une arène où les egos individuels s’entrechoquent à une dimension où la solidarité et la coopération fonctionnent comme une loi universelle – où l’altruisme règne.
Dans le livre Tekâmül du Maître Ergün Arıkdal et les communications de la Sadeklar Planı, c’est appelé la « Réalité de l’humanité unifiée. » Cette réalité, où la distinction du « ton problème contre mon problème » disparaît, est l’apprentissage des humains de vivre au sein d’une organisation collective en respectant les droits et les processus évolutifs des autres. L’altruisme conscient en est le pont.
La planète Terre est une école difficile, un laboratoire où les âmes viennent apprendre cette solidarité. La violence engendre la violence ; l’égoïsme engendre l’égoïsme. L’éveil de l’homme mécanisé de ce sommeil n’est possible que par un acte altruiste d’amour.
Conclusion : La rébellion subtile de l’amour pur
En résumé : la philosophie de « l’individualisme » et du « moi d’abord », que le monde moderne a transformée en une religion virtuelle, est en réalité une cécité spirituelle, un sommeil psychologique, et une maladie commise contre l’unité de l’existence. L’humain qui lutte au sein de son petit monde pour sa fausse personnalité et son ego, tordant tout à son avantage, est comme une note discordante contre la vaste et magnifique harmonie de l’univers. L’altruisme seul peut éteindre ce bruit.
En contraste, l’altruisme est l’action d’une âme libre qui a eu le courage d’affronter sa propre obscurité, de dépouiller ses identifications, et de saisir l’unité de l’existence. Cette action est de sentir la souffrance de l’autre dans son propre cœur, de pouvoir abandonner son propre confort pour éclairer leur chemin, et de faire tout cela sans attendre rien en retour, uniquement par le commandement de la conscience et de l’amour universel. Voilà l’altruisme vertueux.
Le monde du « moi d’abord » est un monde de guerres, d’épuisement, de solitude, et d’insatisfaction. L’altruisme se dresse comme la réponse la plus élégante, durable, et révolutionnaire à ce monde bruyant et brutal : être un remède silencieux pour la douleur d’un autre, pouvoir regarder le monde à travers les yeux de l’autre (« considération externe »), et dire « toi d’abord » avec un sens de fraternité universelle. Car la vraie liberté et la majestueuse spirituelle ne résident pas dans la satisfaction d’un « Je » égoïste, mais dans le service d’un « Nous » embrassant tout – c’est le cœur de l’altruisme qui transforme les âmes.
Références / Bibliographie
- Ruhselman, Maître Dr. Bedri. L’Ordre divin et l’univers (Ilahi Nizam ve Kainat). Istanbul : Publications MTIAD. (Sur la fonction de ‘nefsaniyet’ comme pierre de résistance pour l’évolution et les concepts de la Dualité de Conscience).
- Arıkdal, Maître Ergün. Se connaître soi-même (Kendini Bilmek). Istanbul : Publications Ruh ve Madde. (Sur l’identification/attachement et le ‘sommeil’ de ‘nefsaniyet’ chez l’individu).
- Arıkdal, Maître Ergün. Évolution (Tekâmül). Istanbul : Publications Ruh ve Madde. (Sur la réalité de l’intuition du devoir et la Réalité de l’Humanité Unifiée).
- Publications Enstité (Compilation). Les Communications du Plan des Fidèles (Sadeklar Planı). (Sur le service comme caractéristique distincte de l’humanité et la loi de la fraternité universelle).
- Nicoll, Maurice. Commentaires psychologiques sur l’enseignement de Gurdjieff et Ouspensky (Volumes 1-5). (Sur les concepts de Considération Interne et Externe, les Multiples ‘Je’s, et la Mécanicité).
- Ouspensky, P. D. La psychologie de l’évolution possible de l’homme. (Dans le contexte de l’homme comme machine mécanique et l’accent sur l’état de sommeil).
- Ibn al-Arabi, Muhyiddin. Les Chatons de la sagesse (Fusus al-Hikam). (Sur l’ontologie de Wahdat al-Wujud / L’Unité d’Existence).
- Nuru’l-Arabi, Seyyid Muhammed. Al-Anwar al-Muhammadiyya fi Sharhi Risalat al-Wujud. (Sur la connaissance du soi, l’effacement de ‘enaniyet’ (l’égoïsme), et voir la Face de la Vérité en chaque atome).
- Enseignements de Silver Birch. Les Enseignements de Silver Birch. (Sur le service comme la ‘vraie monnaie de l’âme’ et l’amour inconditionnel).
- Enseignements de White Eagle. Les Enseignements de White Eagle. (Sur l’absence de séparation dans l’amour et la conscience de fraternité unifiée).
- Cayce, Edgar. Les Lectures d’Edgar Cayce. (Sur l’accent que la planète Terre est un laboratoire et une école de solidarité).